Le jour de ta naissance

(si vous avez loupé le début c’est ici)

4h du matin.

Alors que je dors depuis une heure (ou 1/2h? la notion du temps est floue dans ces moments là) afin de reprendre des forces pendant ce travail qui n’avance pas, je me réveille en grelottant. Mes muscles se tétanisent, j’ai froid, je transpire… je me sens très mal. La sage-femme arrive et décide de me donner l’antibiotique et du paracétamol sans plus attendre, j’ai 38.4 mais mon corps tout entier me donne l’impression d’avoir 40 de fièvre.

Le temps que le paracétamol fasse effet, tout se bouscule dans ma tête et je commence à paniquer. Les contractions sont toujours fortes bien qu’irrégulières et après un rapide examen, la sage-femme, désolée, m’annonce que rien n’a bougé. C’est à ce moment précis où je perds pied. A cause de la fièvre je ne tiens plus debout, mon amoureux est obligé de me porter et il me soutient dans chaque mouvement car mes jambes flanchent. J’ai beaucoup de courbatures et l’impression qu’on m’a roulé dessus, je craque. La douleur reste gérable mais la fièvre me fait flancher.

Après avoir consulté le gynéco de garde, la sage-femme revient et m’annonce « on peut, si vous le souhaiter, accélérer le travail. Avec ou sans péridurale, c’est selon ce que vous désirez ». J’ai peur du produit dont elle parle et c’est à ce moment précis que me reviennent en tête les mots de la sage-femme pendant les cours de préparation à la naissance : « ne soyez pas braqués contre la péridurale, elle permet parfois de relâcher des cols quand rien ne fonctionne ». On décide donc de choisir la péridurale à condition de connaitre le nom de l’anesthésiste de garde (ouf! ce n’est pas le c%* qu’on a eu à la consultation pré-natale!) et à condition de ne pas avoir l’ocytocine de synthèse rapidement. Je veux laisser une chance à la péridurale de lancer le travail.

L’anesthésiste mettre plus d’une heure à arriver. En s’excusant, il m’explique que compte tenu du SED et des risques il n’a qu’un essai. Paradoxalement je suis rassurée… car ces risques me faisaient peur. Je comprends qu’il est sérieux et a bien étudié mon dossier. Je ne vais pas vous mentir, j’ai eu horriblement mal à la pose. A côté, je trouvais les contractions bien plus agréables! Malgré tout les effets ne tardent pas à se faire sentir. Je ne ressens plus de douleur (mais ça ce n’était pas pour moi le but premier!) mais les contractions deviennent régulières. La sage-femme me confirme que l’ocytocine n’est pas nécessaire si ça continue comme ça, je suis soulagée!

8h – La sage-femme a fini sa garde depuis 1/2h et c’est les larmes aux yeux qu’elle me dit au revoir. Elle a l’impression de ne pas avoie été assez présente pour nous alors qu’elle a été parfaite dans son accompagnement. Ce qui s’est passé cette nuit là a été très fort pour nous deux et même si elle était prête à rester un peu plus, même si le travail vient de se lancer, je ne suis pas encore assez proche du but. Je la regarde quitter la salle et je retiens mes larmes.

Tout d’un coup je ne sens plus les effets de la péridurale. J’appelle la nouvelle sage-femme qui m’ausculte à nouveau. Je n’ai pas rêvé, en deux contractions je suis passée de 5 à dilatation complète. Le bébé ayant encore le dos à droite et la tête défléchie, je panique un peu. Alors qu’elle me montre différentes positions, je n’ai qu’une envie, me lever et marcher.

A partir de là cela devient comique. Imaginez une sage-femme « porte de prison » (elle était sèche et froide), les mains gantés, en l’air, paniquer en me disant « mais comment voulez vous que je fasse pour vous accoucher? » et moi, debout, appuyée contre le table, lui répondant « c’est pas mon problème, vous faites comme vous pouvez! ». Deux poussées plus tard j’ai la tête qui tourne, je m’allonge. Ma fille est descendue, son dos est à gauche et sa tête se présente bien. La sage-femme porte de prison me dit de pousser en bloquant ma respiration, là encore je ne suis pas d’accord et plutôt que d’être dans la confrontation, je décide de jouer l’idiote : « je n’y arrive pas! » « vous n’arrivez pas à pousser? » « non je n’arrive pas à bloquer ma respiration! » « bon ben soufflez comme si vous souffliez dans une paille! ».

Je sentirai tout. La péridurale ne fait plus du tout effet et j’accueille mon enfant comme je le souhaite, dans la position où je me sens le mieux, en ayant le contrôle de mes gestes, de mon souffle, de sa naissance. Quelques poussées plus tard je l’attrape sous les bras et je découvre enfin ma fille, recouverte de vernix, et la pose contre mon sein.

Ce n’était pas l’accouchement que j’avais imaginé, loin de là, mais vous me croirez ou non, c’était joyeux. Je n’ai à aucun moment souffert de la douleur, du manque d’accompagnement ou du manque de confiance en moi. La sage-femme présente cette nuit là m’a donné beaucoup de force, de courage, c’est grâce à elle que j’ai trouvé en moi les ressources pour m’opposer à sa collègue, pour m’imposer et faire de cette naissance un moment magique. A aucun moment je n’ai ressenti de pression, j’avais l’impression d’être entre des mains amies, bienveillantes, et cela change tout.

Cet accouchement était différent, il était merveilleux.

 

 

 

 

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6 Responses

  1. Maman au balcon
    Maman au balcon at |

    Punaise moi aussi j’arrivais mal à pousser en bloquant mais j’ai pas eu la confiance en moi pour imposer ma manière face à la sage femme qui venait juste de débarquer et qui me plaisait pas du tout (alors que celle de la nuit était parfaite ).

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  2. Viviane
    Viviane at |

    Félicitations et bienvenue à la p’tite puce

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  3. Béatrice
    Béatrice at |

    Ahhh, ben « inspirez bloquez, poussez », j’ai pas eu la force de faire la neuneu et de « me battre », tellement « dans les choux », que la « porte de prison » qui a succédé à la gentille SF de la journée a gagné …
    Et sinon, c’est un beau récit que tu nous livre là !
    Des bises !

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